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Pour relancer son secteur touristique en berne, le gouvernement veut aider à l'installation d'une activité qui attend depuis vingt ans aux portes du pays. En effet, l'idée d'introduire les casinos dans le paysage israélien n'est pas nouvelle; elle a été discutée et rejetée à plusieurs reprises, mais aujourd'hui, avec la crise qui touche le secteur du tourisme, les autorités semblent prêtes à reconsidérer cette opportunité. Les casinos pourraient offrir une nouvelle source de revenus, attirer des visiteurs étrangers et redynamiser des villes comme Eilat, qui vivent principalement du tourisme.
Passer la publicité Passer la publicitéSelon les médias locaux, le premier ministre Benjamin Netanyahu a confié à deux de ses ministres, Yisrael Katz (Transports) et Yariv Levin (Tourisme), une réflexion sur la possibilité d'ouvrir dans le pays le premier casino, a priori dans la ville côtière d'Eilat, dans le sud du pays, au bord de la mer Rouge. Le projet avait déjà été évoqué en début d'année, et s'accélère brusquement avec la mise en place de cette mission ministérielle. Cette initiative pourrait transformer le paysage local et inciter d'autres villes à intégrer des activités similaires.
Bien que n'étant pas formellement interdit par la loi, aucun établissement de jeu n'avait jusque-là pu voir le jour dans le pays, la faute à des oppositions politiques qui ne voyaient pas d'un très bon œil l'installation d'une telle activité dans le pays. Dans les années 1990, le magnat américain du jeu Sheldon Adelson, proche d'Israël et soutien de Netanyahu, avait déjà annoncé sa volonté d'ouvrir un établissement en Israël. Mais ses projets avaient finalement été bloqués par des ministres ayant manifesté leur hostilité à une telle installation. Depuis cette date, le projet n'avait jamais été sérieusement remis sur la table, et les Israéliens souhaitant faire rouler les dés devaient user de subterfuges pour le moins étonnants: passer la frontière pour visiter les casinos des hôtels de la côte égyptienne ou prendre des bateaux au départ d'Eilat se rendant dans les eaux internationales, permettant ainsi la pratique des jeux en toute liberté. Plus étonnant encore, les parieurs n'hésitaient pas à se rendre en Cisjordanie, à Jericho, où un casino avait ouvert ses portes en 1998 pour les accueillir avant qu'il ne ferme finalement ses portes en 2000, la faute au durcissement du contexte international. Cette situation illustre le besoin d'une réforme réglementaire pour permettre à Israël de profiter pleinement de l'industrie lucrative des jeux d'argent.
Relancer le tourisme
L'arrivée des casinos en Israël était une promesse de campagne de Benjamin Netanyahu lors des législatives de mars 2015. Les deux ministres désignés par le chef du gouvernement devront notamment rendre leur avis sur deux stratégies de développement possible: soit distribuer des licences à des hôtels de la ville pour qu'ils puissent se doter de machines à sous et de tables de jeu, soit construire un complexe dédié à ces établissements en lieu et place de l'aéroport d'Eilat, qui sera bientôt délaissé au profit d'un nouvel aéroport, plus grand, en dehors de la ville. Cette décision pourrait transformer le paysage économique local, attirant les investisseurs et les entrepreneurs dans le secteur.
Le choix de la cité balnéaire a aussi un impact stratégique: le gouvernement israélien ne vise pas seulement la clientèle nationale mais aussi les touristes étrangers qui ont délaissé Israël comme destination. Eilat, étant le symbole de cette crise, est une ville où la moitié des emplois dépend du tourisme. Depuis le conflit à Gaza en 2014, et la crise économique en Russie qui fournissait un gros contingent de touristes, le chiffre d'affaires du secteur n'en finit pas de chuter. Sur les six premiers mois de l'année 2015, le recul par rapport à l'année précédente était de 17%. Dans la seule ville d'Eilat, sur le premier trimestre, cette baisse était même de 50%... Une véritable saignée. «En tant que ministre du tourisme, je soutiens pleinement ce projet. Je n'ai aucun doute sur le fait qu'aider économiquement Eilat et augmenter le nombre de touristes passe par les casinos» a déclaré Yariv Katz sur les ondes de la radio israélienne. Il pourrait être bien aidé par l'annonce de la compagnie aérienne Ryanair de relier en novembre depuis la Pologne, la Hongrie et la Lituanie, le petit aéroport d'Ovda, à 50 kilomètres d'Eilat, grâce à six vols hebdomadaires. Aucune date n'a cependant été confirmée pour l'ouverture du premier casino israélien, mais les discussions sont prometteuses et la communauté attend avec impatience l'aboutissement de ce projet.